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  • Impact sur Jupiter : le grand mystère

    Posté le 5 août 2009

    3 Août 2009

    Cela a commencé avec un front plissé, un moment de perplexité rapidement écarté

    Le 19 juillet 2009, l’astronome amateur Anthony Wesley photographiait Jupiter depuis son jardin à Murrumbateman (Australie) quand quelque chose d’étrange a attiré son regard.

    « Mon attention était fixée sur la grande tâche rouge qui se situait magnifiquement au-dessus de l’horizon de Jupiter » se rappelle Wesley. « Je n’ai presque pas remarqué la tâche sombre près du pôle sud de Jupiter, et quand je l’ai vue, je me suis dit »

    C’est juste une tempête sombre de plus sur Jupiter

    « C’est ce que j’ai pensé au début, mais quelque chose concernant la marque sombre m’a intrigué, quelque chose n’allait pas, et je ne pouvais pas m’arrêter de jeter des coups d’oeil dessus »

    Impact sur Jupiter - Anthony Wesley

    Ci-dessus : Le Sud est au dessus sur cette image de la découverte du 19 juillet prise par Anthony Wesley avec un télescope 14,5″ à Murrumbateman, Australie

    Lentement, la rotation de Jupiter a amené la tâche sombre dans la direction de la Terre. Wesley a pu mieux observer le phénomène et la vérité l’a frappé comme la foudre.

    C’était une marque d’impact. Quelque chose a frappé la planète géante !

    « J’avais vu les traces causées par les fragments de la comète Shoemaker-Levy 9 qui a frappé Jupiter en 1994, je savais donc à quoi ressemblait une trace d’impact »

    « Après m’être convaincu que cela était bien réel, je pouvais à peine utiliser l’ordinateur. Mes mains tremblaient. C’était assez incroyable ».

    Wesley a rapidement envoyé ses photos par e-mail à ses amis et collègues dans le monde entier, et dans les heures suivantes, les télescopes, grands et petits étaient tournés en direction de Jupiter pour photographier les conséquences de cette puissante collision »

    « Nous croyons que c’était une comète ou un astéroïde mesurant peut être quelques centaines de mètres de large » affirme Don Yeomans du bureau du Near-Earth Object Office de la NASA au JPL (Jet Propulsion Laboratory). « Si quelque chose d’une taille similaire frappait la Terre – nous parlons d’environ 2000 mégatonnes d’énergie – il y aurait eu de graves dévastations régionales ou bien un tsunami si cela avait frappé l’océan »

    Impact sur Jupiter - IRTFPar un coup de chance presque aussi gros que celui de Wesley, les astronomes Glenn Orton et Leight Fletcher du JPL avaient prévu d’observer Jupiter le 20 juillet, à peine un jour après l’impact, en utilisant le télescope infrarouge IRTF à Maunea Kea (Hawaï). Le télescope de 3m a révélé un nuage de débris d’environ la taille de Mars flottant parmis les nuages de Jupiter.

    A droite : Une image de l’IRTF qui montre le nuage de débris de l’impact le 20 juillet 2009. Le nuage apparaît brillant à cette longueur d’onde (2,12 microns) parce que les particules du nuage réfléchissent la radiation infrarouge du Soleil, explique Glenn Orton.

    « L’objet, quel qu’il soit, a explosé dans la haute atmosphère de Jupiter » affirme Orton. Il a éclaté en morceaux. Ce que nous voyons maintenant ce sont des morceaux de l’impacteur et peut être quelques étranges aérosols formés par la chimie du choc lors de l’impact »

    Le 23 juillet, le télescope Hubble a pris les premières images du site de l’explosion. Hubble était encore l’objet de vérifications et de calibrations suite à la mission d’entretien STS-125 du mois de mai mais cet évènement était trop important pour le manquer. Le directeur du Space Telescope Science Institute, Matt Mountain a alloué en urgence du temps d’utilisation du télescope à une équipe d’astronomes conduit par Heidi Hammel du Space Science Institute à Boulder (Colorado)

    Comme d’habitude, les photos de Hubble ont volé la vedette. Elles ont révélé un maelström tourbillonnant de débris cendrés bousculés par des tempêtes naturelles près du sommet de l’atmosphère de Jupiter.

    Jupiter_impact-Hubble

    Ci-dessus : Une image de Hubble (HST) de la cicatrice de l’impact prise le 23 juillet 2009, en utilisant la nouvelle caméra Wide Field Camera 3 (WFC3)

    « Le nuage de débris est très grumeleux à cause de turbulences atmosphériques » explique la scientifique Amy Simon-Miller du Goddard Space Flight Center ». « Les vents pôlaires qui soufflent à 25 mètres par seconde le font se répartir et s’étendre. Ce qui rend le nuage plus facile à voir avec des téléscospes amateurs »

    A en juger par le comportement des impacts de la comète Shoemaker-Levy 9 il y a 15 ans, elle estime que le « nuage de débris de Wesley » pourrait rester visible pendant plusieurs des semaines à venir. Les chercheurs utiliseront ce temps à bon escient. Des études plus approfondies du nuage pourraient révéler le grand inconnu :

    Qu’est-ce qui a frappé Jupiter ?

    « Nous ne savons simplement pas » affirme Yeomans. « Personne n’a vu l’objet avant l’impact ».

    En effet, il n’y a pas eu d’avertissement. L’objet a émergé des ténèbres, inconnu et non catalogué, et – vlan ! – avant que quiconque puisse photographier l’objet intact, il est devenu un nuage de débris (il y a une leçon ici pour la Terre, mais c’est une autre histoire)

    La composition chimique du nuage procure des indices sur la nature de l’impacteur. Orton explique que des observateurs au sol analysent la lumière reflété par le nuage pour comprendre de quoi il est constitué. « Si le spectre contient des signes d’eau, cela suggèrerait une comète glacée. Autrement, c’est probablement un astéroïd métallique ou rocheux »

    Wesley continue à observer Jupiter tous les jours avec son télescope de 14,5″ (36,83 centimètres)

    Traduction d’après :
    What hit Jupiter ? (Auteur : Dr Tony Phillips / Credit Science@NASA)

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