Nullius In Verba
  • Un Prix Nobel pour une découverte apparemment contre-nature

    Posté le 8 octobre 2011

    En 1982, Daniel Shechtman repéra un arrangement d’atomes plutôt bizarre : un cristal d’aluminium et de manganèse présentant une symétrie pentagonale. On pensait qu’il était impossible que les atomes d’un solide puissent être organisés de cette manière. Il parla de sa découverte à ses collègues qui lui ont ri au nez. On lui demanda finalement de quitter son groupe de recherche pour avoir apporté la disgrâce à ses membres.

    Deux ans plus tard, il publia ses conclusions, mais le scepticisme restait le même. Lors d’une conférence, le célèbre chimiste américain Linus Pauling déclara « Danny Schechtman is talking nonsense. There is no such thing as quasicrystals, only quasi-scientists » qui se traduit à peu près par : « Danny Schechtman ne dit que des conneries [ou plus poli : ne dit que des balivernes]. Il n’existe pas une telle chose que les quasi-cristaux, seulement des quasi-scientifiques »

    En avril 1985, des physiciens de l’Université de Pennsylvanie ont découvert un solide icosahédron : un solide avec 20 faces triangulaires, 12 sommets et 30 arrêtes, quelque chose que l’on ne trouve pas dans un cristal. En 1987, des scientifiques français et japonais ont pu reproduire ce solide à une échelle plus grande, permettant d’examiner les cristaux avec des rayons X. Dans les décennies qui ont suivi, les quasi-cristaux sont devenu un champ de recherche majeur.

    Après un véritable parcours du combattant, le chimiste israélien Daniel Shechtman vient de recevoir le Prix Nobel de Chimie pour cette découverte des quasi-cristaux

    Lors d’une conférence de presse au Technion Institute de Haifa, le professeur Schechtman a remercié le professeur Ilan Blech qui a été l’un des premiers chercheurs à le soutenir et qui a co-signé le premier papier à être publié sur le sujet. Il a également remercié John Cahn, qui a travaillé avec lui lorsqu’il a fait cette découverte au US National Bureau of Standards and Technology, et qui la soutenu, alors même que l’institution refusait d’accepter la validité de sa découverte.

    « Les gens ne pensaient pas que cette sorte de cristal existait. Ils pensaient que c’était contre-nature » explique Nancy B jackson, Présidente de l’American Chemical Society.

    Le docteur Yossi Rein (beau-frère du professeur Shechtman) raconte que le Technion Institute de Haifa, où le professeur enseignait, « pensait que son travail sur les cristaux était juste un passe-temps ». « Ils l’ont rendu fou là-bas. Ils pensaient qu’il perdait son temps ».

    Etonnant : On retrouve les motifs de ces quasi-cristaux dans l’Art islamique (mosaïques), à l’Alhambra en Espagne et au Sanctuaire de Darb-i Imam en Iran. Cela a aidé les scientifiques à mieux comprendre à quoi ressemblaient les quasi-cristaux.

    Via POPSCI

     

    2 réponses à “Un Prix Nobel pour une découverte apparemment contre-nature” Icône RSS

    • Comme souvent en science, les progrès véritables (par opposition aux extensions de modèles) se font par reflux vers ses propres principes.

      On voit ici à quel point il peut être difficile de se faire entendre quand on ne parle pas de concert et combien la science a aussi besoin de connaître sa propre histoire.

      Bravo à Daniel Shechtman pour sa pugnacité et toutes mes félicitations pour sa récompense !

    • Depuis 1984 tout le monde scientifique parle de « découverte ». Lorsqu’on fait le rapprochement des quasicristaux avec l’art islamique on cite toujours Alhambra et l’Iran et l’Orient; ceci représente une injustice envers les Maître-Artisans Marocains (Maalems) qui connaissaient les quasicristaux (probablement sous une autre appellation) des siècles avant que D. Schechtman ne fasse cette observation qui lui a valu le prix Nobel de Chimie 2011. En effet ces structures existent dans plusieurs Monuments Marocains (Mausolée My Idriss II, Médersa Bouanania (Fès), Tombeaux Saadiens , ryads particulièrs…

      C’est dommage que je ne peux pas insérer des images de panneaux de décorations de Fès, Marrakech qui montrent des exemples édifiants de structures quasipériodes.

      Je renvoie à article récent sur le sujet:

      E. Makovicky, N. M. Makovicky Journal of Applied Crystallography (2011). 44, 569-573


    Laisser une réponse