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  • Un réseau mondial pour mieux comprendre l’impact de la pollution sonore d’origine humaine sur la faune marine

    Posté le 23 novembre 2013

    Michel_Andre-LIDO

    Le bio-acousticien français Michel André (Lauréat d’un Prix Rolex à l’esprit d’entreprise) est à l’origine d’un système de prévention de collision entre navires et baleines. Un réseau mondial permet désormais d’écarter un danger encore plus grand : les dommages causés par la pollution sonore d’origine humaine qui menacent les océans.

    Ce qui est maintenant un projet international a commencé avec la préoccupation d’André concernant les effets du trafic maritime qui pourraient rendre sourdes les baleines des îles Canaries, entrainant des collisions entre les navires et ces mammifères géants. C’est maintenant devenu une étude à l’échelle mondiale sur les effets des bruits générés par des dizaines de milliers de navires, foreuses, explosions d’origine militaire, détonations sismiques etc, sur les créatures marines qui se fient aux sons pour communiquer et éviter les dangers.

    Dans les profondeurs des océans c’est le noir complet et c’est pour cette raison que leurs habitants utilisent les sons pour chasser, se nourrir et percevoir leur environnement. Mais ces sons d’origine naturelle sont progressivement noyés par le vacarme d’origine humaine qui, au cours des 50 dernières années, a augmenté de 15 décibels dans la bande basse fréquence. André a découvert des signes de dommages physiques sur les oreilles des baleines impliquées dans des collisions. Cela l’a conduit à mettre au point le premier système anti-collision (WACS, Whale Anti-Collision System) [en utilisant une bouée acoustique financée par son Rolex Award] pour avertir les navires de leur proximité avec des baleines.

    Michel_Andre-WACS

    Le professeur André est maintenant coordinateur du projet LIDO (Listen to the Deep Ocean Environment). Ce projet relie 22 observatoires sous-marins majeurs des océans du monde en un réseau qui a pour but de donner la première vision globale du bruit des océans et de ses effets. Il servira de base pour de futures politiques publiques en la matière.

    En tant que professeur à l’Université polytechnique de Catalogne (BarcelonaTech, UPC) et Directeur du laboratoire de bio-acoustique appliquée (LAB), il aide également au développement de manières innovantes de réduire au silence les bruits générés par les moteurs des navires en participant à plusieurs projets financés par l’Union Européenne.

    André et ses collègues du LIDO veulent s’assurer que les gouvernements et entreprises qui mènent des activités industrielles, de minage ou autre en mer puissent disposer d’une technologie de pointe pour limiter les atteintes à l’environnement naturel. Il explique que les 2 prochaines décennies verront l’augmentation du développement industriel au large des côtes, ce qui augmentera le niveau de pollution sonore des océans.

    Il explique également que ces sons peuvent avoir des effets physiques, physiologiques et comportementaux sur la faune marine dans les zones entourant ces activités : les mammifères, reptiles, poissons et invertébrés peuvent être afffectés à des niveaux différents selon leur distance de la source sonore. Le problème rencontré par l’industrie, et plus généralement par la société, est que de nombreuses activités économiquement importantes en mer sont à risque en raison d’un manque d’information sur les effets des sons d’origine humaine sur les mammifères et un manque d’outils disponibles pour atténuer ces effets. Le défi est d’implémenter des développements techniques qui combinent les intérêts de l’industrie et le bon état environnemental des océans.

    LIDO effectue une étude approfondie des effets du bruit sur les cétacés (mammifères marins tels que les baleines, dauphins et marsouins) qui fourniront de précieuses données pour les scientifiques car elles mesurent le bruit d’origine humaine et prédisent les niveaux de bruit des décennies à venir.

    LIDO utilise un ensemble d’observatoires sous-marins à travers le monde (cablés ou avec lien radio) équipés de capteurs acoustiques qui écoutent les sons sous la surface. Les observatoires diffusent les données audio à des stations à terre, à un navire ou à une plateforme au large des côtes. L’information est alors traitée par un système logiciel qui déchiffre automatiquement les données en temps réel pour fournir la profondeur, l’emplacement et l’identité de la source à l’origine du son. Ces données sont ensuite mises à disposition du public sur le site http://listentothedeep.com/

    La technologie LIDO founit également des informations (aux entreprises et organisations se livrant à des activités au large des côtes) sur la présence d’espèces sensibles aux bruit dans les zones d’opération. André explique que le concept est non seulement de mesurer le bruit et de comprendre à l’échelle globale comment il affecte les écosystèmes mais aussi d’offrir une solution technologique efficace aux industries travaillant au large des côtes pour qu’elles puissent atténuer les effets du bruit produit par leurs activités.

    Actuellement, certains gouvernements exigent que les navires sismiques aient des observateurs de mammifères marins à bord pour détecter la présence de baleines mais le système n’est pas 100% efficace parce que les baleines doivent venir en surface pour être remarquées et qu’elles ne peuvent pas être aperçues de nuit.

    LIDO

    « Notre système [LIDO] donne en temps réel la source et la position de l’animal ». « Il peut opérer de nuit ou dans des conditions météo défavorables et peut détecter des sources sonores jusqu’à plusieurs kilomètres à la ronde (comparé aux 500 mètres pour un observateur), une distance par rapport à la source qui est considérée comme sûre pour les espèces sensibles ».

    Les responsables de LIDO rencontrent régulièrement des représentants des gouvernements et des organismes de régulation et André est confiant sur le fait qu’il complètera et remplacera progressivement les observateurs humains.

    Malgré les avancées faites grâce à LIDO et d’autres chercheurs du domaine, le professeur André souligne que nous ne comprenons que très peu de choses sur la manière dont les bruits d’origine humaine peuvent interférer avec la vie dans les océans. Il ajoute qu’il y a une préoccupation publique et scientifique grandissante à propos de ce problème et que nos données actuelles suggèrent que cette préoccupation est justifiée.

    Source : Rolex Awards for Enterprise blog

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