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  • Astronautes Génétiquement Modifiés

    Posté le 30 avril 2017


    Astronaute Bruce McCandless II utilisant la Manned Maneuvering Unit à l’extérieur de la navette spatiale américaine Challenger lors de la mission STS-41-B en 1984

    Récemment, quelques scientifiques ont commencé à explorer la possibilité de modifier génétiquement les astronautes pour qu’ils puissent supporter les conditions dangereuses du voyage interstellaire et de la vie sur d’autres planètes.

    Des expériences ont déjà commencé à altérer des cellules humaines en laboratoire. Peuvent-elles être à l’épreuve des rayonnements ? Peut-on les modifier pour qu’elles puissent produire leurs propres vitamines et acides aminés ?

    Une des personnes s’intéressant de près à cette idée est Christopher Mason, membre du Department of Physiology and Biophysics à Weill Cornell Medicine. En 2011 il a proposé ce qu’il appelle le “500-year plan” (Plan de 500 ans) dont le but est d’aider les humains à devenir des explorateurs de l’Espace lointain. Dans ce plan, la modification génétique joue un rôle important : “Je pense que nous devons la considérer pour les personnes que nous enverrons sur d’autres planètes” explique-t-il. “Nous ne savons pas si ça sera un léger coup de pouce à l’expression des gènes, ou un tout nouveau chromosome, ou une réécriture complète du code génétique”.

    Il explique qu’il nous faut déjà une décennie ou 2 de travail simplement pour découvrir quel effet le voyage spatial a sur nos gènes, quels gènes nous pourrons modifier et quels gènes nous ne devons absolument pas toucher. Mais pour le moment aucun document officiel ne mentionne cette éventualité de modifier génétiquement les astronautes.

    Malgré cela, Christopher Mason explique que son laboratoire* est prêt à faire le premier pas. L’Espace est rempli de particules très rapides et énergétiques qui peuvent endommager l’ADN, et c’est pour cela qu’il travaille sur un moyen de protéger nos cellules de cette menace. Ses étudiants prennent des cellules et leur ajoute des copies supplémentaires de p53, un gène impliqué dans la prévention du cancer et qui est connu comme étant “le protecteur du génome”. Les éléphants ont plusieurs copies supplémentaires de p53 et n’ont que très rarement des cancers donc peut-être que les astronautes en auront besoin.
    Mason a récemment soumis une proposition à la NASA pour envoyer ces cellules sur la Station Spatiale Internationale (ISS). “Il n’y a pas de consortium pour astronautes génétiquement modifiés ou quoi que ce soit d’autre, mais peut-être que nous devrions en créer un”.

    Avec la technologie appelée CRISPR il est devenu soudainement possible de modifier les gènes d’un embryon humain. Pour la première fois s’est ouverte la possibilité de modifier génétiquement un être humain.
    Des scientifiques en Chine et en Europe ont commencé à éditer des embryons pour voir comment cela fonctionne. Serait-il éthique de créer un bébé dont les gènes seraient réparés grâce à cette technique ? La National Academy of Sciences des Etats-Unis a déclaré que oui cette année : des changements génétiques héréditaires pourraient être considérés pour éviter les maladies, mais seulement dans quelques situations et sous une supervision très stricte. L’organisation a estimé que dans certaines conditions rares dans lesquelles un couple ne pourrait pas avoir un enfant sain autrement il serait acceptable de créer un humain génétiquement modifié.

    Christopher Mason pense que le voyage interstellaire offrirait un 2ème argument très puissant en faveur de la modification génétique des personnes. “Vous ne pouvez pas envoyer quelqu’un sur une autre planète sans les protéger génétiquement si vous en êtes capable”. “Cela serait également contraire à l’éthique”.

    La possibilité de modifier l’ADN des embryons humains a soulevé un débat mondial sur la question de savoir s’il serait bon ou mauvais de modifier génétiquement des personnes. Les opinions sont fortes. Certains disent que l’être humain n’est pas un rat de laboratoire. Non à l’eugénisme. Non aux personnes génétiquement modifiées. Et d’autres pensent que cela pourrait en fait fonctionner.

    Il s’agit d’une question morale à laquelle nous devrons répondre avant d’envoyer des astronautes vers l’Espace lointain.

    *Le laboratoire de Christopher Mason participe à l’étude des jumeaux de la NASA, qui a comparé un astronaute envoyé à bord de la Station Spatiale Internationale pendant un an avec son frère jumeau resté sur Terre.

    Source : MIT

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