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  • Histoire de l’Intelligence Artificielle

    Posté le 7 avril 2018


    John McCarthy

    La quête de l’intelligence artificielle (IA) a commencé il y a 70 ans, avec l’idée que les ordinateurs pourraient un jour penser comme nous. Les prévisions ambitieuses ont attiré un financement généreux mais après quelques décennies il y avait peu de résultats. Mais, lors des 25 dernières années, de nouvelles approches de l’IA couplées aux avancées technologiques ont permis une avancée spectaculaire.

    C’est John McCarthy, professeur à l’Université de Dartmouth et figure de premier plan dans le domaine de l’informatique, qui a inventé le terme “Intelligence Artificielle” en 1955.

    Il rédigea une proposition pour organiser une conférence de 2 mois, rassemblant 10 personnes sur le thème de “l’intelligence artificielle”, première utilisation du terme dans une publication.

    Dans sa proposition il écrivit : “L’étude doit partir sur la base de la conjecture que chaque aspect de l’apprentissage ou de n’importe quelle autre caractéristique de l’intelligence peut, en principe, être si précisément décrite qu’une machine peut être créée pour la simuler”

    C’est lors de l’été 1956 qu’un petit groupe de scientifiques fut invité pour réfléchir à la possibilité de permettre aux machines de faire des choses réservées habituellement aux être humains, comme comprendre le langage.

    Certains préféraient une approche descendante : pré-programmer un ordinateur avec les règles qui gouvernent le comportement humain. D’autres une approche montante : tels que les réseaux de neurones qui simulent les cellules cérébrales et apprennent de nouveaux comportements.


    Alan Turing

    Avant même l’utilisation du terme « Intelligence artificielle », c’est pendant la 2ème guerre mondiale que l’idée de machines intelligentes a émergé. La 2ème guerre mondiale a réuni des scientifiques de nombreuses disciplines, y compris les domaines émergents de la neuroscience et de l’informatique.

    En Grande-Bretagne, les mathématiciens Alan Turing et le neurologue Grey Walter étaient 2 esprits brillants qui ont abordé les défis des machines intelligentes. Walter a construit les premiers robots et Alan Turing a inventé ce qu’on appelle le test de Turing, un test de la capacité d’un ordinateur à simuler le comportement d’un humain. Il a présenté ce test en 1950 dans un papier intitulé « Computing Machinery and Intelligence » dans lequel il posait la question « Est-ce que les machines peuvent penser ? ». Après des dizaines d’années de recherche, aucun ordinateur n’a été capable de passer ce test avec succès.

    En 2014, une intelligence artificielle appelée Eugene Goostman a passé ce test avec succès. Il s’agissait d’une IA prétendant être un garçon Ukrainien de 13 ans, ce qui n’est pas aussi difficile que de prétendre être un adulte anglophone. 10 juges sur 30 ont cru avoir affaire à un humain. Peu d’experts ont vu ce test comme étant réellement concluant car cette IA avait été entrainée spécifiquement pour le test et pour tromper les juges avec des astuces

    En 1950, Isaac Asimov a publié « I Robot », une collection de nouvelles de science-fiction. Il avait traité l’idée de l’intelligence artificielle et imaginé son future. Son oeuvre a inspiré une génération de robotisions et scientifiques. Il est connu pour ses 3 lois de la robotique conçues pour éviter que les machines intelligentes ne se retournent contre nous. Il avait également imaginé, entre autres, un ordinateur qui serait capable de stocker toutes les connaissances de l’humanité et que n’importe qui pourrait interroger facilement.

    En 1960, McCarthy a écrit un article intitulé « Programmes avec du bon sens », exposant les principes de sa philosophie de programmation et décrivant un système qui doit faire évoluer l’intelligence des êtres humains.


    Stanley Kubrick

    En 1968 sort le film « 2001 : L’Odyssée de l’Espace » qui met en scène un ordinateur intelligent appelé HAL 9000. Lors d’une scène il est interviewé par la BBC et répond qu’il est infaillible et incapable de faire la moindre erreur. L’interviewer pose alors la question de savoir si HAL peut être sujet à des émotions. Ce film reflétait des prédictions des chercheurs en IA de l’époque qui pensaient que les machines atteindraient très bientôt le niveau de l’intelligence humaine. Il reflétait également les craintes du public de l’époque : que les intelligences artificielles pourraient devenir mauvaises.

    De 1973 à 1981 il y eut ce qu’on appela l’Hiver de l’intelligence artificielle car les résultats dans le domaine n’étaient pas du tout à la hauteur de ce qu’on avait imaginé.

    En 1981, on a commencé à réaliser la valeur commerciale de l’IA. Les systèmes commerciaux n’avaient pas l’ambition de créer une intelligence générale mais plutôt focalisée sur une tâche particulière. Cela signifie qu’il suffisait de programmer la machine avec les règles d’un problème très spécifique.

    En 1990, les experts n’arrivaient toujours pas à imiter la biologie. Le scientifique Rodney Brooks a alors publié un papier intitulé « Les éléphants ne jouent pas aux échecs ». Il s’est inspiré des avancées en neurosciences qui commençaient à expliquer les mystères de la cognition humaine. La vision, par exemple, a besoin de différentes « modules » dans le cerveau qui travaillent de concert pour reconnaitre des motifs, sans aucun contrôle central. Brooks a soutenu que l’approche descendance qui consiste à programmer un ordinateur avec des règles du comportement était mauvaise. Il a donc contribué à relancer l’approche montante, incluant le domaine des réseaux de neurones.


    Garry Kasparov

    Lors d’un match en 1997, le supercalculateur de IBM appelé Deep Blue a battu le champion de jeu d’échecs Garry Kasparov (Kasparov l’avait battu l’année précédente). C’était la première fois qu’un ordinateur battait le champion du monde en titre lors d’un match dans les conditions d’un tournoi.
    Sur le papier, la machine était largement supérieure à Kasparov, en étant capable d’évaluer jusqu’à 200 millions de positions par seconde. Mais cette machine pouvait-elle penser de manière stratégique ? La réponse était un Oui retentissant. Deep Blue a gagné la compétition avec un tel flair que Kasparov croyait qu’un humain le contrôlait. Certains ont salué la performance comme un signe que l’IA était arrivé à maturité, mais pour d’autres il s’agissait simplement de puissance de calcul brute à l’oeuvre sur un problème hautement spécialisé et des règles très claires.

    En 2011, le supercalculateur Watson de IBM a remporté le jeu Jeopardy (à partir d’une réponse il faut trouver la question correspondante) lors d’un affrontement contre 2 êtres humains, les meilleurs joueurs depuis la création du jeu. Pour remporter ce jeu télévisé, ses créateurs ont utilisé une myriade de techniques d’IA, y compris les réseaux de neurones, et ont entrainé Watson pendant plus de 3 ans pour qu’il reconnaisse des motifs dans les questions et réponses.

    De 2011 à 2014, on a pu assister à l’apparition d’assistants personnels intelligents de Apple avec Siri (2011), de Google avec Google Now (2012), Microsoft avec Cortana (2014), Amazon avec Alexa (2014). Ces applications utilisent le langage naturel pour répondre aux questions, font des recommandations et effectuent des actions.

    En 2015, l’IA AlphaGo (version « Fan ») de Google a battu Fan Hui, le triple champion d’Europe 2ème dan du jeu de Go, 5 jeux à 0

    En Mars 2016, AlphaGo (version « Lee ») a battu Lee Sedol, champion du monde et 9ème dan du jeu de Go, 4 jeux à 1.

    En 2017, Alpha Go (version « Master ») a gagné 60 jeux à 0 sur 2 sites de Go publics dont 3 victoires contre le champion du monde Ke Jie.
    Dans la même année, Google a révélé que AlphaGo Zero, une version améliorée de AlphaGo, a battu AlphaGo Lee 100 jeux à 0 et AlphaGo Master 89 à 11. Contrairement aux précédentes versions de AlphaGo qui apprenaient le jeu en observant des millions de parties d’êtres humains, AlphaGo Zero apprenait en jouant contre lui-même.
    AlphaGo Zero a appris à jouer au jeu d’échecs en 4 heures et a battu StockFish 8, le meilleur programme du domaine. Il a remporté 28 parties sur 100. Les autres parties ont terminé sur une égalité.

    Les exemples récents qui montrent à quel point l’IA a évolué depuis 70 ans sont les milliards de dollars investis par Google et Tesla pour leurs voitures sans conducteurs, le lancement par Skype de la traduction vocale en temps-réel, les robots de Boston Dynamics (BigDog), les victoires de AlphaGo de Google sur les maitres du jeu de Go, les diagnostics réussis de Watson dans le milieu médical, son utilisation pour la reconnaissance vocale et la reconnaissance visuelle (par les militaires, par exemple, pour analyser les images satellites ou pour le grand public avec la reconnaissance faciale).

    Cette année, en 2018, des IAs créées par Alibaba et Microsoft ont dépassé les meilleurs humains à un test de lecture et de compréhension de l’Université de Stanford (Stanford Question Answering Dataset, ou SQuAD), en obtenant un score de 82.44 et 82.65 contre 82.304 sur un ensemble de 100 000 questions.

    Et ce n’est que le commencement. Tous les aspects de notre vie vont bientôt être bouleversés par les progrès de l’intelligence artificielle. De notre vie quotidienne jusqu’aux grandes découvertes scientifiques.

    Principales sources : BBC, Stanford

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